Le Centre mondial du cyclisme accueille les coureurs des « petits » pays cyclistes pour les aider à progresser en Europe. Depuis cette année, le CMC dirigé par Michel Thèze accueille un Burkinabè, Rasmané Ouédraogo. Rencontre.
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| Rasmané Ouédraogo continue son apprentsissage en Suisse |
Rasmané Ouédraogo se souviendra longtemps du 19 mars 2010. Ce jour-là, il débarque en Suisse à Aigle, le nid de l'Union cycliste internationale. «Quand je suis parti de chez moi, il faisait 42°C et quand je suis arrivé en Suisse, il faisait froid et il pleuvait» se souvient-il sous les nuages bretons du Circuit des 2 Provinces qu'il a disputé avec l'équipe du Centre mondial du cyclisme (CMC).
RECOMMANDÉ PAR LAURENT BEZAULT
Chez lui, c'est le Burkina Faso et plus exactement la province d'Ouahigouya, au nord du pays, pas très loin de la frontière du Mali. Peut être la région où le vélo est le moins populaire au Burkina. «Il n'y a pas beaucoup de coureurs.» D'ailleurs, le Tour du Faso n'y a fait étape que deux fois depuis 2003. C'est pourtant là que Rasmané Ouédraogo a fait ses premiers tours de roue. «A quinze ans, un ami m'a fait découvrir le vélo et ça m'a plu.»
L'automne dernier, il s'est classé 7e du Tour du Faso dominé par l'armada marocaine. A 21 ans, il tape dans l'œil de Laurent Bezault (1). «C'est lui qui a parlé à Michel Thèze (2). Il m'a dit que si je suis aidé, je peux progresser.» D'ailleurs, avant le Tour du Faso 2009, Ouédraogo était venu se préparer en France, avec trois autres Burkinabès, sous les couleurs du VS Chartres.
Avant de s'envoler pour l'Europe, Rasmané a remporté la première étape du Tour du Cameroun en février. Il s'est aussi classé meilleur jeune du classement final.
RAPIDE AU SPRINT MAIS PEUR DE FROTTER
Après le choc thermique, l'autre choc du coureur Ouédraogo est géographique. «Au Burkina, c'est tout plat. Pour ma première course, il y avait des bosses et la pluie, je n'étais pas habitué.» Le coureur du CMC n'a pas un physique de grimpeur. Il est plutôt athlétique, taillé dans la masse avec des cuisses qui respirent la puissance. «Je suis rapide au sprint mais au début, j'avais peur de frotter dans le peloton. Maintenant, après quelques mois ici, j'ai moins peur.»
Seule solution pour s'améliorer dans les bosses : l'entraînement, jusqu'à des sorties de cinq heures. «Je roule tous les jours. Au Burkina, je ne roulais pas tous les jours. Pourtant, je ne travaillais pas mais il n'y a pas des courses tout le temps comme en Europe. Et puis, l'entraînement chez moi, c'est faire un aller-retour sur la route. On ne compte pas en heures comme ici. Il nous manque des entraîneurs pour progresser.» Rasmané Ouédraogo le reconnaît, les premiers mois sur le vélo ont été difficiles. Mais petit à petit, il décroche des petites places sur des épreuves toutes catégories (3) avant de se classer 32e du GP de Charvieu, une épreuve élite nationale remportée par son équipier Daniel Teklehaymanot (Lire ici).
QUATRE KILOS DE TROP
Michel Thèze trouve aussi deux autres moyens d'améliorer les performances : «Quand il est arrivé, il mangeait trop et il fait la sieste avant d'aller rouler alors qu'il devrait se reposer après l'entraînement.» Le Burkinabè reconnaît «j'ai perdu quatre kilos depuis que je suis arrivé.» Pour les coureurs de tout pays, européens, africains ou américains, le poids est vraiment l'ennemi commun.
Son pays ne lui manque pas trop depuis qu'il est en Suisse. Pourtant, Rasmané pourrait se sentir isolé, il est le seul à parler français dans son équipe. Quand il tente de dire «je parle un peu anglais», Daniel, son équipier erythréen se marre gentiment : «non, tu ne parles pas anglais toi !». «Avant, je ne parlais pas » rectifie Ouédraogo, «je suis des cours au CMC.».
De son passage au VS Chartres, il a gardé des amis à Bonneval dans l'Eure. Il n'a pas de famille en France mais quand il parle de Michel Thèze, il confie : «ma famille ici, c'est Michel.»
Rasmané Ouédraogo va repartir pour le Burkina le 10 octobre, douze jours avant le Tour du Faso. Avec les autres Etalons cyclistes, le surnom des coureurs burkinabès, il va monter à l'assaut de la victoire qui échappe à un de ses compatriotes depuis 2005 et son homonyme Jérémie Ouédraogo. «J'aimerais gagner le Tour du Faso. Il y a une grosse attente pour qu'un Burkinabè gagne.» Rasmané a aussi un autre objectif : trouver un club en France.
Par Dominique Turgis
CylclismeMag






